Samedi 17 octobre 6 17 /10 /Oct 16:53

 

Il fait nuit

Je n’y vois plus rien

Nous sommes dans le loir


 

Vous m’entendez, Claire ?



Oui, Madame


 

Eh bien répétez ce que je viens de dire


 

C’est très simple, un enfant de cinq ans comprendrait

Je descends à la station Pont-de-Braye

Je prends la D305

Au niveau du Castorama, je tourne à gauche, rue Forest

Et je continue tout droit, rue Albinoni

 

Non Claire, rue Cavalotti, vous n’écoutez rien, comme d’habitude

Et après ?



Après, je traverse le centre du bourg

La boulangerie, place de l’Église

Je continue

Vous flottez sur une Isle verte

En négligé de soie

En négligé de soie 

 

Ne dites pas de bêtise, Claire !

 

C’est pourtant la vérité

J’ai demandé à la lune mais le soleil ne le sait pas

Et puis je ne peux pas me tromper

Je reconnais la pointe acérée de vos escarpins noirs

Elle brille à la surface de l’eau

 

Ça paillette à mort

Dans mon décor

 
 

Ah vous voilà enfin, c’est pas trop tôt



Excusez-moi mais Geneviève m’a retenue dans son atelier



L’atelier du liseron ?



Oui, elle a dû penser que j’avais une tête à faire de la peinture sur soie

 

Comme je m’impatientais je me suis remise à mes travaux de couture

En atterrissant dans les barbelés, j’ai fait un accroc à ma super combinaison galactique

En vinyle doré

Celle avec des clignotants rouges et verts ?

Oui

 

Et alors ?


 

Alors asseyez-vous, nous avons perdu assez de temps comme ça

D’abord vous allez me dire de qui Agnès Sorel était la maîtresse



François Premier



Faux

 

Jules Verne est-il né à Nantes ou à Amiens ?



Amiens
 

Mauvaise réponse, décidément vous ne savez pas grand-chose, Claire

Vous êtes le maillon faible

Au revoir

 

Attendez, Madame

Avant de partir, j’ai quelque chose à vous dire



Eh bien, je vous écoute, dépêchez-vous

 


Voilà c’est un peu délicat

J’étais juste venue vous souhaiter un bon anniversaire

 

Avec des bougies ?



Oui et des ballons aussi

 

C’est une excellente idée, j’adore les fêtes

Et puis ça tombe bien, c’est justement aujourd’hui mon anniversaire

 

Oh Madame !

Qu’est-ce qu’il y a encore, Claire ?

 

J’ai oublié la bombe de crème Chantilly sur la banquette du métro !





 

Par Claire Grenadine
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Dimanche 18 octobre 7 18 /10 /Oct 15:56

1

     

2

     

3

Le Coeur Grenadine
     
Sans Contrefaçon
     
Sara Perche Ti Amo

  Laurent Voulzy

     

  Mylène Farmer

     

  Ricchi & Poveri

 
 
       
       

 4

     

 5

     

 6

 J'ai Besoin d'Amour

     

 Vertige de l'Amour

     

 O Superman

 Lorie

     

 Alain Bashung

     

 Laurie Anderson

                 
       
       

 7

     

 8

     

 9

Only You

     

Non C'e

     

If It Be Your Will

The Platters

     

Laura Pausini

     

Leonard Cohen

                 
       
       

 10

     

 

     

 

Nous Ne Nous Parlerons Pas

     

 

     

 

 Jean-Jacques Goldman

               
                 
 
               

 

 

 

                                                                         

Par Claire Grenadine
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Lundi 19 octobre 1 19 /10 /Oct 20:30

Ma chère Cindy,

 

Tu ne peux pas savoir comme je suis heureuse. Ça y est, cette fois c’est la bonne, je pars demain en vacances. Je suis super contente. Mes parents m’envoient comme chaque année dans le golfe du Morbihan chez ma tante Geneviève. Je prends le train à la gare Montparnasse à huit heures. Il faut que je pense à régler mon réveil. Et que je n’oublie pas Bigoudi. C’est mon chat. Je suis très énervée. Mon oncle Maurice viendra me chercher à Vannes dans sa grosse limousine. Ça fera bientôt trente ans qu’il a la même. Les banquettes sentent l’essence. Je n’y peux rien mais chaque fois que je monte dedans, j’ai mal au cœur.

 

Maman m’a préparé mes affaires. Des petits shorts courts pour aller sur la plage et jouer dans les flaques d’eau. Un blanc avec une rayure bleu pâle et une brassière assortie. Un autre gris avec un galon rose. Je ne peux pas faire autrement que d’emporter tout un lot de petites culottes blanches. Mais je me suis tout de même débrouillée, dès qu’elle a eu le dos tourné, pour y ajouter des choses qui me plaisent davantage. Plusieurs strings fluo. Dont un rose que j’adore. Quelques chemisiers très légers, un peu transparents, parce qu’il fera sûrement chaud et qu’il est toujours mauvais de trop se couvrir. Et puis j’ai raccourci en douce l’ourlet de ma jupe de tennis. Cela me gênera moins quand je me pencherai pour ramasser les balles ! Bien entendu, j’e n’ai pas pu empêcher Maman de glisser une paire de sandalettes en plastique translucide. « C’est inutile de protester, tu seras la première à les regretter quand tu marcheras sur les rochers ». J’ai laissé la paire précédente, l’an dernier, au fond de la vase quelque part du côté de la plage des Sablons.

 

J’ai eu beau protester, je n’ai pas pu couper cette fois encore à ma tenue du dimanche. Celle que je dois porter pour aller à la messe. Chemisier blanc manches ballon. « Tu n’oublieras pas de mettre ta médaille de baptême par-dessus ». Jupe plissée bleu marine. Socquettes blanches. Escarpins vernis. Depuis l’été dernier, je suis tout de même dispensée de la mantille blanche dont j’étais jusque-là obligée de me voiler les cheveux. « Tu commences à être un peu grande ». C’est dommage, j’aimais bien ma mantille. A genoux, les mains jointes sur le dosseret de velours rouge de mon prie-Dieu, cela me donnait un petit côté angélique et recueilli. J’en profitais pour balancer des œillades assassines aux enfants de chœur. Moi, ce qui m’intéresse, c’est plutôt ce qui se passe après la messe. Les cavalcades sur le parvis de l’église pendant que les gens sérieux se saluent et échangent des propos ennuyeux sur un ton suffisant. Et puis surtout l’arrêt rituel devant la vitrine de la pâtisserie. Un gros mille feuilles comme récompense de ma bonne tenue. C’est difficile à manger proprement les millefeuilles mais c’est tellement bon.

 

Pour la plage, j’ai choisi un petit bikini rose adorable. Le bas se lace sur les hanches avec des rubans. Le haut est échancré. Ce n’est pas que j’aie encore beaucoup de poitri ne mais j’ai bien l’intention de la montrer. Et puis s’il y a beaucoup de soleil, je ne mettrai rien du tout. Ça sera encore mieux. Les seins à l’air, c’est plus agréable. Je sais déjà très bien comment je vais m’y prendre. L’air un peu gênée, comme contrainte malgré moi, à cause de la chaleur, de défaire mon soutien-gorge pour m’enduire de crème solaire. Je l’étalerai très doucement sur ma peau, l’air concentrée, et je me masserai longuement avec application, insensible à tout ce qui m’entoure, comme si ce geste quasi médical devait être effectué avec le soin le plus scrupuleux, et durer aussi longtemps que ma peau ne sera pas complètement imprégnée. Ça ne devrait pas manquer d’exciter mes cousins.

 

Ah oui, c’est vrai, je ne t’ai pas encore parlé d’eux, Arnaud, Camille et Martin. Nous avons le même âge et nous nous entendons très bien. Une complicité forgée au fil des ans depuis notre plus tendre enfance. Ils ont maintenant grandi. Moi aussi. Je ne vais tout de même pas leur interdire de me faire la cour. Et comme c’est plutôt agréable, je me fais désirer. Sous le sceau du secret et en leur laissant espérer des choses incroyables, j’ai confié à chacun d’eux que j’en étais amoureuse. Ils y croient dur comme fer. C’est plus rigolo quand il y a un peu de concurrence !

 

L’an passé, je me trouvais là-bas au moment de la moisson. Nous avons fait des parties de chat près des meules de paille. A ce jeu, c’est le plus souvent Arnaud qui a été le plus rapide à me prendre. A m’attraper, devrais-je dire, ce serait plus correct. Il suffisait d’observer le renflement qui marquait par-devant la toile de son short pour comprendre dans quel état il était. J’adore le déshabiller lentement, prendre mon temps, effeuiller ses vêtements un par un, maîtriser le cours des évènements, le tenir à ma merci aussi longtemps qu’il le faut, jusqu’à ce que toute résistance l’abandonne et que je n’aie plus qu’à me jeter goulûment sur l’engin incandescent qu’il tend désespérément dans ma direction. La première fois, il a été un peu surpris. Mais il y a vite pris goût. Moi aussi. Nous allons sûrement recommencer. J’adore sucer les sucres d’orge. Cette année, le sien devrait avoir grossi. Le soir, avant de m’endormir, j’imagine les mille et une douceurs que j’emploierai pour le déguster. Le simple fait d’y penser me procure des sensations agréables.

 

Avec Camille, c’est différent. Camille est un grand timide. Il faut d’abord trouver une occasion. Par exemple lui tendre une embuscade un peu à l’écart, dans les dunes. Puis le mettre en condition. Je n’ai jamais mis très longtemps à le dégeler. Quand il est en confiance, il se montre tout à fait à la hauteur. Et remarquablement vigoureux. J’adore le chevaucher. Il y a quelques années encore, le manège et les chevaux de bois suffisaient à mon plaisir. C’était une bonne entrée en matière mais j’ai pas mal changé depuis.

 

Naturellement, tante Geneviève ne se doute de rien. Il faut dire que nous prenons nos précautions. Je n’ose d’ailleurs pas imaginer ce qu’il arriverait si elle nous surprenait. Elle est déjà suffisamment sévère comme ça, quasiment intraitable pour la moindre peccadille. J’ai même l’impression qu’elle prend du plaisir à nous punir. Qu’elle attend cette période d’été avec une impatience à peine contenue. Qu’il lui manque de nous corriger le plus souvent possible. C’est surtout la fessée qu’elle affectionne. A la main ou au martinet. Déculottée, bien entendu. Et en public de préférence, chaque fois que l’occasion se présente. Mon oncle Maurice est un spectateur assidu. Il ne rate aucune séance. Et surtout pas celles dont je tiens bien malgré moi le rôle principal.

 

Je lui en veux beaucoup d’avoir soufflé à l’oreille de son épouse l’idée de la fouettée aux orties dans le jardin, les mains attachées en l’air aux branches basses d’un arbre. Ma tante a l’air d’y prendre goût. Je préfère de loin la fessée classique, nettement moins désagréable. Avec les orties, la douleur est insupportable. D’abord parce qu’elle commence par vous saisir comme une piqûre qui vous couvre la peau d’une multitude de petits aiguillons invisibles. Ensuite parce qu’elle se prolonge par une sensation de brûlure qui s’accentue progressivement comme si on cherchait à souffler sur des braises pour ranimer un feu. Et encore, ce n’est pas tout, l’an dernier, elle a garni l’intérieur d’une culotte bouffante d’une grande brassée d’orties qu’elle a coupées exprès devant moi et me l’a fait porter pendant toute une journée. Elle s’est même offert le luxe de renouveler la garniture au moment du déjeuner pour que ça me fasse bien mal, surtout quand elle m’a obligée à m’asseoir à mon bureau pour copier deux cents fois la phrase interminable qu’elle venait de me dicter. Résultat garanti. J’avais les fesses en feu. Des démangeaisons atroces. Avec interdiction de me gratter. Et tout ça parce que j’avais négligé de déposer mon linge de la veille dans le panier de la salle de bains.

 

Maman a cru utile de glisser un cahier de devoirs de vacances dans mes bagages. C’est vrai que je suis nulle en calcul mais je n’ai toujours pas compris ce qu’il y avait d’intéressant dans des problèmes de trains qui se croisent ou de baignoires qui fuient. En fait, je me suis arrangée pour le ressortir discrètement de ma valise et pour le laisser à la maison, dissimulé au fond d’un tiroir. Comme ça, j’ai la conscience tranquille. Tante Geneviève ne tombera pas dessus et elle n’aura pas la mauvaise idée de me priver de plage pour me faire travailler.

 

A toi aussi, je souhaite d’excellentes vacances en Touraine ou ailleurs. Si tu vas en Bretagne, dis-le moi, ce serait bien qu’on se rencontre. Je te présenterai à mes cousins. De ton côté, profite bien de tout et spécialement des garçons. Je ne me fais aucun souci pour toi. Tu as toujours beaucoup de succès. Tu me raconteras à ton retour. J’ai déjà hâte de te retrouver. En attendant, mets cette lettre à l’abri. Je te fais confiance. Je ne voudrais pas qu’elle tombe dans de mauvaises mains.

 

Je t’embrasse.

Claire

Par Claire Grenadine
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Vendredi 23 octobre 5 23 /10 /Oct 19:30

Ma soirée a commencé par une grosse nouba organisée par Reebok au Georges, au sommet de Beaubourg. Vue grandiose sur Paris. Clientèle chic et cocktails chocs. Champagne à volonté. Le fabricant de sneakers surfe sur les cendres de la nu-rave en relançant sa Freestyle, fleuron du fitness fluo des années 80. Je me lance sur la piste, aux côtés de Yelle et d’Agyness Deyn, la blonde peroxydée, mannequin vedette du créateur Jeremy Scott. Le collectif d’artistes Andrea Crews assure l’ambiance. Les platines sont trustées par Gildas et Masaya, le duo hype du label Kitsuné. Je claque une bise à David Guetta. Stomy Bugsy me fait la gueule. Peu importe, en after, j’irai sans lui à la soirée Carwash qui célèbre ses quatre ans au Wagg.

Quatre vodkas-orange plus tard, je m’écroule dans un fauteuil club. Un petit coup de téloche. Tracks sur Arte à 00h.55 pour un spécial Sidaction, ça a tout de même de la gueule, non ? Elitiste ? Tu plaisantes ! Bon d’accord, un peu moins ringard que les enquêtes de l’inspecteur Derrick sur France 2. Une émission super branchée. Complètement dingue. C’est difficile à expliquer. Il faut l’avoir vue pour le croire.

 

Pour mettre de l’ambiance, tout débute par des pubs pour le préservatif. Et puis très rapidement, le rythme s’accélère. Philippe Manœuvre, adepte du Mashed Potatoes, se retrouve ligoté au pied de la tour Eiffel par les Stranglers, Eddie Bo plaque sur son piano quelques accords jazzy, façon Nouvelle-Orléans, tandis que les hackers d’Anonymous lancent une cyber attaque contre le site de l’Église de scientologie. Tom Cruise n’a plus qu’à bien se tenir.

Qu’est-ce qu’on rigole ! Attends, c’est pas fini. On a droit à une interview de Lesbians on Ecstasy. Incroyable ! Elles sont là assises sur les marches. C’est sûr que Lesbians, ça craint déjà un peu, mais si en plus on rajoute la drogue, mortel. Je suis raide dingue de leur musique électro clash. Et puis, sur les quatre, il y en a une qui déchire à la guitare basse. Maîtresse Cindy. Coiffure blonde ultra courte. Piercing sur l’aile du nez.

   

En combinaison de vinyle galactique - plus discret, tu meurs -, elle accompagne une Esthell cagoulée Monsterlune dans les soirées gothiques fétichistes. SM fantaisie. Ben oui, le SM c’est pas que des machins glauques pour les vieux en mal de sensations fortes. C’est ludique. Rigolo. La preuve. L’ex courtière en œuvres d’art contemporain a relooké un garage destroy en donjon futuriste. Lumière bleu fluo. Machines sado-érotiques. Instruments de torture. Gare à vos fesses. Les lanières vont siffler. Salle de classe. Pupitres. Estrade. Tableau noir. Zoom sur le cahier de Claire Grenadine. Une petite vicieuse obsédée qui passe son temps à découper des pubs pour les strings et les soutiens-gorges dans les revues de mode. On aura tout vu ! Si c’est pas de l’art, c’est sûrement du cochon. 

J’adore la séquence où Maîtresse Cindy, assise à califourchon sur une branche d'arbre, se balance dix kilos d’engrais sur la tête. Elle porte un chemisier blanc ajusté. C’est superbe. Surtout quand elle soulève le sac et qu’on devine ses seins. Arrêt sur image. Je me la repasserai en boucle. Dix kilos, faut pas pousser. A mon avis, dans les jours qui on suivi, ses cheveux, elle a dû les perdre. Déjà qu’elle n’en a pas beaucoup.

 

Humour ! C’est pas le même genre que Dita. Dita Von Teese. Pin-up sur papier glacé offerte à l’objectif de Christophe. La nouvelle Bettie Page. Mais si, tu connais, la compagne de ma copine Marilyn. Marilyn Manson. C’était la fille du Père Noël, j’étais le fils du Père Fouettard, elle s’appelait Marie Noël, je m’appelais Jean Balthasar. 

C’est la fin qui m’a fait le plus rigoler. La scène du Sentence Horror Show, quand Daniel descend dans sa cave torturer Cindy, ligotée sur un fauteuil de dentiste. Il commence par lui découper la langue, à moins que ça soit le cœur. La barbaque vole dans tous les sens. Le sang coule à gros bouillons. Il y en a partout sur les murs. Enfin du gore ! On en redemande. 

Je me tue à te le répéter, il va bien falloir que tu l’admettes un jour, le SM triste, c’est fini !


Pour accéder à la séquence de l'émission Tracks qui met en scène Maîtresse Cindy, merci de cliquer ici

Par Claire Grenadine - Publié dans : Maîtresse Cindy
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Lundi 26 octobre 1 26 /10 /Oct 19:30

Vous savez quoi ? Je manque à tous mes devoirs. Je m’aperçois que j’ai oublié de vous présenter mon compagnon. Il s’appelle Bigoudi. C’est mon chat. Pour vous, c’est peut-être futile mais pour moi, c’est très important. D’abord parce que ce n’est pas n’importe quel chat. Impossible d’imaginer plus mignon. Il est tout simplement a-do-ra-ble. Je le trouve super craquant dans son manteau de fourrure noir avec ses petites socquettes blanches. Je l’emmène partout avec moi, y compris en vacances, dans son panier en osier. Il a horreur de ça mais tant pis pour lui. Monsieur n’aime pas être trimbalé. Monsieur apprécie son confort. De préférence recroquevillé bien au chaud, au pied de la cheminée. J’adore l’entendre ronronner sur mes genoux ou bien sentir sa queue s’enrouler autour de mes jambes quand il lui prend de me manifester son affection.
 

Bigoudi est tout sauf un sportif. La chasse aux souris l’ennuie terriblement et depuis qu’il est né, il a toujours refusé de se prêter à ces jeux débiles à base de pelotes de laine ou de balles en caoutchouc. Ses passions relèvent davantage du domaine des idées. C’est un intellectuel et un artiste. Il lit énormément. Il réfléchit beaucoup. Et comme il a souvent d’excellentes idées, il me les fait partager. Nous ne sommes pas toujours d’accord mais c’est intéressant de l’écouter, il a des choses originales à dire.
 

Quant à ses goûts artistiques, ils sont surtout orientés vers la musique. Bigoudi est un mélomane averti qui a fixé ses choix une fois pour toutes. Difficile de le faire changer d’avis. Selon lui, avec Wagner, par exemple, on croirait entendre de la musique militaire. Peut-être un peu à l’emporte-pièce comme jugement mais je reconnais qu’il n’a pas complètement tort. En tout cas, nous sommes très loin de Bach, Haendel et Scarlatti, ses compositeurs favoris.
 

Et puis, j’aurais mauvais grâce à le cacher, Bigoudi est pour moi d’un grand soutien. Tout à la fois conseiller et confident, il sait trouver les mots justes pour me consoler ou pour m’encourager. J’en ai bien besoin. Surtout quand j’ai reçu une correction magistrale des mains de Maîtresse Cindy. L’autre jour, tandis que je revenais du Severity College, les fesses en feu (et non pas le feu aux fesses), il a tout de suite compris ce qui s’était passé. Je l’ai entendu murmurer :
 

Si on t'organise une vie bien dirigée

Où tu t'oublieras vite

Si on te fait danser sur une musique sans âme

Comme un amour qu'on quitte

Si tu réalises que la vie n'est pas là

Que le matin tu te lèves

Sans savoir où tu vas
 

Résiste

Prouve que tu existes

Cherche ton bonheur partout, va,

Refuse ce monde égoïste

Résiste 

Ah oui, j’aurais dû commencer par là, non seulement Bigoudi parle mais il connaît aussi par cœur les paroles des chansons de France Gall.

 

Par Claire Grenadine
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Mardi 3 novembre 2 03 /11 /Nov 19:30

Sur le chemin qui me conduit au donjon de Maîtresse Cindy, je pense à cette phrase célèbre attribuée à Georges Clemenceau, « Ce qu’il y a de meilleur dans l’amour, c’est quand on monte l’escalier ». Tout à l’heure, lorsque je serai sortie du métro, l’escalier que j’emprunterai à mon tour, je ne le monterai pas mais je le descendrai. Peu importe. Je ressentirai la même chose. Ce sentiment de trac, d’excitation, ce pincement au cœur, ce picotement, cette légère tension qui serre l’estomac. Car si la pièce qui va se dérouler est déjà largement écrite à l’avance et les personnages connus, le scénario est vierge. Une page blanche. Au début de son interview sur France Culture, Maîtresse Cindy explique que son rôle est de surprendre et d’aider ses partenaires à se dépasser. Surprendre, se dépasser. Oh oui, complètement ! Mais il ne faudrait pas que cela vienne seulement d’elle. Tous les acteurs doivent être bons. Non pas par obligation. Par simple souci d’équilibre ou de cohérence. Pour que la troupe soit homogène. Mais tout naturellement par plaisir. Par complicité. Lorsque le partenaire donne le meilleur de lui-même, il est impossible de rester en retrait. L’émulation stimule. Pour que la pièce soit un succès, il faut que de mon côté aussi, je sache la surprendre. Et me dépasser. Par tous les moyens. Par ma tenue, par mes réactions, par mes émotions, par mes silences. Sans pour autant sortir de mon rôle. Au risque de jouer faux.  

En attendant, il faut que je me prépare. Que je me glisse dans la peau de mon personnage. Les trajets en métro, c’est pratique et c’est aussi fait pour ça. Pour rêver les yeux ouverts. Pour visualiser le film avant même que la pénombre ne s’installe dans la salle et que l’écran s’éclaire. Cette séance, j’y ai tellement pensé. Nous l’avons même presque déjà répétée en échangeant des messages. J’y ai glissé quelques indications scéniques en espérant qu’elles seront prises en compte. Au fur et à mesure que je marche, la tension augmente. Je pourrais presque me planter devant une boutique et constater dans le reflet de la vitrine que j’ai déjà mes couettes. Oui, ça y est, je suis prête. Je ne suis plus un autre, je suis moi. Et non pas l’inverse. Je suis Claire. Les passants qui me croisent ne le voient pas mais moi je le ressens. La féminité, ça se vit surtout de l’intérieur.  

17 heures. Pile à l’heure. Madame la Professeur Principale a bien insisté pour que je sois ponctuelle. Une pression sur le bouton de la sonnette. Le son d’un carillon lointain. L’attente. Elle ne se précipite jamais. Il faut toujours patienter. Oh jamais très longtemps. Mais un peu quand même. Je le sais. Je m’y suis habituée. Pour moi, cela prolonge agréablement le plaisir. Peut-être n’est-elle pas tout à fait prête. Peut-être le fait-elle exprès. Parce que c’est sa façon à elle de me déstabiliser. De me conditionner. On ne sonne pas une dominatrice. Elle consent à vous ouvrir. A vous accepter ou non comme partenaire de jeu. En vous signifiant dès le début que c’est elle qui commande. Et que c’est vous qui devrez obéir.  

Mon cœur se met à battre plus fort. C’est quand on s’apprête à jouer que la véritable vie palpite. Quand le silence se fait. Quand le rideau se lève. Que l’acteur entre en scène. Qu’il sort de l’ombre. Qu’il s’extrait de lui-même pour exister autrement. Qu’il naît. 

Elle m’ouvre. Comme elle a l’habitude de le faire. Dissimulée derrière la porte. Laisser le mystère planer le plus longtemps possible. Surprendre, c’est aussi commencer par cette étape préparatoire. Se découvrir au dernier moment. Petits cheveux blonds. Encore plus blonds que d’habitude. La coupe aussi, me semble-t-il, est légèrement différente. Ça la rajeunit. Je pourrais le lui dire mais je ne je fais pas. Éviter le compliment à cent balles. Trouver le ton juste, ce n’est pas toujours facile. Et puis son habillement est un peu déroutant. Survêtement noir. Haut zippé. Petit tutu en mousseline blanche à la taille. Chaussures de sport. Je crois comprendre que la séance va être sportive. Dans tous les sens du mot.  

Je fais semblant de ne pas voir la main qu’elle me tend afin de l’embrasser sur les joues. C’est tout de même plus sympathique. Moins « réglementaire » mais plus chaleureux. J’enlève mon imperméable ainsi que mes chaussures. Il me semble reconnaître la musique ambiante. Il ne s’agit pas du Miserere d’Allegri, comme je le croyais, mais du Stabat Mater de Pergolèse. Elle me conduit, non pas vers la salle de classe comme nous le faisons habituellement, mais vers la salle de méditation zen.  

Ayant bien compris que j’allais faire (ou que je revenais) du sport, elle m’a préparé mes vêtements et des accessoires : un mini short blanc, un soutien-gorge assorti, des petites prothèses mammaires, des chaussettes et des tennis blanches. Je lui dis que je suis venue avec mon matériel. C’est d’ailleurs la première fois que cela arrive depuis que nous nous connaissons. Apparemment, elle ne sou haite pas avoir la surprise de le découvrir au dernier moment et préfère examiner d’abord ce que j’ai apporté (sans doute pour vérifier que ma tenue ne fera pas obstacle aux exercices divers auxquels elle a l’intention de me livrer). Je sors donc mon petit ensemble gris à galons roses (mini short et brassière assortie), une paire de chaussettes avec une rayure rose au niveau de l’ourlet, deux bracelets en coton dans les roses à glisser aux poignets (agrémentés du logo de la souris Diddle), mon string fluo rose, une paire de lunettes Lolita roses (que je n’aurai pas le temps de lui montrer) et deux boîtes contenant toutes sortes d’élastiques de couleur, notamment roses, pour les cheveux.  

Finalement, nous composons un habillement mixte, puisant à la fois dans les réserves de l’une et de l’autre : petit ensemble gris et rose, culotte en latex rouge, coussins mammaires en silicone, chaussettes à rayures roses, tennis blanches. Elle semble tenir tout particulièrement à la culotte en latex. Visiblement, ce sera une composante essentielle du jeu à venir ! Je n’oublie pas la perruque bleue, aux couettes de laquelle j’enroule des élastiques roses. Tandis que je m’habille, un rappel à l’ordre est diffusé par le haut-parleur. La maîtresse nous demande de nous dépêcher (je suis supposée être au sport, sans doute dans les vestiaires, avec mes camarades de classe). Mademoiselle Claire, quand vous serez prête, vous vous mettrez à genoux en position de conformité devant le miroir. Je m’active. Sans omettre cependant de m’accorder quelques secondes pour me contempler dans la glace. Le résultat me plaît beaucoup. Tout. L’allure générale, le petit shorty, la brassière, les cuisses, les jambes. Loin de me sentir ridicule je me trouve même plutôt jolie. En tout cas, tout à fait en accord avec mon personnage. C’est sans doute l’essentiel. Mais peut-être aussi que je me trompe complètement.  

Maîtresse Cindy entre dans la salle et m’autorise à me relever. Elle me tend la main. La séance commencera exceptionnellement par un baisemain. J’imagine qu’un baise-pied ne serait pas approprié car elle est en chaussures de sport. Elle m’explique que nous allons commencer par une séance de gymnastique en musique (tango argentin). Je suis censée reproduire les mouvements qu’elle effectue debout face à la glace. Nous sommes à la même hauteur, côte à côte. D’abord des exercices d’échauffement du bas du corps. Une jambe en avant, gauche, droite. Puis une jambe en arrière, gauche, droite, puis une jambe contre les fesses, gauche, droite. J’essaie de suivre le rythme de la musique et de faire des mouvements dans le même sens que ma maîtresse. Pas évident mais j’y arrive à peu près. Enchaînement avec le haut du corps par une série de moulinets avec les bras. La musique bien rythmée facilite les choses. Fin du premier exercice. 

Le deuxième se déroule également debout, mais cette fois, il vise à affiner la taille. Rotation du buste au moyen d’un bâton tendu à l’horizontale posé derrière la nuque, au niveau des épaules. La difficulté consiste à garder le bassin fixe. Maîtresse Cindy corrige ma position. Elle effectue également le mouvement avec moi. Toujours avec le bâton, il s’agit maintenant de se pencher sur le côté, à gauche d’abord, à droite ensuite.  

Troisième série d’exercices. Cette fois au sol. Maîtresse Cindy me demande d’aller chercher dans un coin de la pièce les deux tapis de sol qu’elle a préparés à notre intention. Nous les déroulons par terre et nous nous allongeons pour des exercices concentrés sur les abdominaux et les fessiers.  

Abdominaux d’abord. Maîtresse Cindy se rend compte rapidement que quelque chose ne va pas. Elle me demande de baisser mon shorty et elle constate immédiatement que j’ai mis ma culotte en latex à l’envers (l’arrière à la place de l’avant). Elle me demande de la reme ttre à l’endroit et de remonter mon short par-dessus. Je le fais et découvre, en effet, que l’arrière de la culotte est équipé de deux zones circulaires (une sur chaque fesse). Chacune est constellée de petits cercles en relief munis de piquants en plastique. Du coup, je comprends mieux son insistance à me demander de m’asseoir sur mon tapis de sol. Les exercices reprennent. Petits battements en ciseaux, jambes parallèles au sol. Puis roulades en arrière les mains au niveau des cuisses. Retour à la position initiale tout en conservant l’équilibre (i.e. sans laisser les pieds toucher le sol). A chaque mouvement, je sens les petits picots s’enfoncer dans mes fesses. Sensation irritante et désagréable. Maîtresse Cindy en est bien consciente et cela la fait rire car de temps en temps, je ne peux pas m’empêcher de pousser des gémissements.  

Les fessiers ensuite. Nous sommes allongées l’une en face de l’autre. Il s’agit d’élever la jambe dans le prolongement du buste et d’effectuer des battements de haut en bas. Une série du côté gauche. La même chose du côté droit. Maîtresse Cindy insiste pour que je repasse sur le dos avant de changer de côté (uniquement pour m’obliger à poser mes reins par terre et à me piquer sur ce matelas de petits picots qui m’entrent dans la chair).  

Pour terminer, affinement de la taille. Nous sommes sur le côté. Jambes posées par terre dans le prolongement du corps, avant-bras replié. Il s’agit de soulever le corps et de tenir en faisant des petits mouvements de haut en bas. Une série à gauche. Une série à droite. Cette série n’est pas douloureuse pour moi car mes fesses sont « en l’air » (Toute ma vie, toute ma vie, j’ai rêvé d’être une hôtesse de l’air….). En passant, j’en conclus que Maîtresse Cindy est une pratiquante (assidue ?) de la gym taille-abdos-fessiers. 

Après ce dernier exercice, je suis autorisée à me relever. Maîtresse Cindy me tend une jupe longue en me donnant le choix de la porter ou non. Je l’essaie mais je préfère finalement conserver mon short dans lequel je me trouve plus mignonne. Elle me demande de compter jusqu’à trente avant de la rejoindre dans la salle de classe. Il lui faut également le temps de se changer. Collant noir. Haut noir zippé. Mini kilt noir et blanc. Bottines noires. Elle est beaucoup plus sexy dans cette tenue. Je ne le remarquerai pas tout de suite car pour cette deuxième séquence, la mise en scène a été soignée. Quand je rentre dans la salle de classe, rupture de rythme et de ton, l’ambiance est subitement plus solennelle et plus froide. Maîtresse Cindy a pris place derrière son bureau et me fait signe d’avancer jusqu’à elle. J’obéis. Elle a l’air sévère et dure. La scène de la convocation. A mon avis, j’ai dû faire une grosse bêtise. Mais naturellement, je ne vais pas prendre les devants. Je vais la laisser venir. Je me suis préparée. 

« Mettez-vous à genoux devant le bureau, Mademoiselle Claire ! Vous avez vu l’heure ? » Apparemment, j’ai une demi-heure de retard, contrairement à ma camarade Aurélie, qui sort du bureau et qui, elle, était ponctuelle (celle-là, elle commence à m’énerver). Je présente ma défense. J’étais à ma séance de sport, match en cours, obligée de rester jusqu’à la fin. Désolée. Je ne pouvais pas partir comme ça. J’ai fait tout mon possible pour revenir le plus vite possible. D’ailleurs, je n’ai même pas pris le temps de me changer. « Et vous croyez que c’est une tenue pur vous rendre à la convocation de votre professeur principale ? » (bien joué, Cindy !). Ça y est. Le décor est en place. Le deuxième acte commence. Les personnages se mettent en voix. Il faut garder ce rythme.  

« Posez les mains à plat sur le bureau. » Ma maîtresse se lève et me donne un coup de badine sur les doigts. Aurélie m’a dénoncée. Je m’y attendais. Elle aurait découvert une photo compromettante dans mes affaires et se serait empressée de la transmettre à Maîtresse Cindy. L’histoire ne dit pas si elle a été punie de son côté. Je comprends que nous sommes coupables l’une et l’autre pour des motifs différents. J’aurais aimé voir Aurélie sortir du bureau. En attendant, c’est à mon tour d’être interrogée. Il faut que je réponde à mon interlocutrice de façon cohérente et censée. Sans aller pour autant dans son sens et lui faciliter la tâche. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Observer comment elle mène l’interrogatoire. Tester ses capacités de réaction. Opposer de la résistance. Tenter de la mettre dans l’embarras. « Et des photos comme ça, vous en avez d’autres, Mademoiselle Claire ? » Je m’y attendais. A mon avis, c’est une question qui est posée autant par Cindy que par Maîtresse Cindy. Répondre avec assurance. « Non, Madame, c’est la seule. » Si elle savait ! Elle n’insiste pas. De toute façon, j’ai prévu une explication au cas où elle pousserait la curiosité trop loin. Rester dans ce registre. Difficile de nier mais ne pas se laisser faire. Jouer vrai. La collégienne prise en faute, qui n’ignore pas le sort qui l’attend, mais qui fera tout pour essayer de s’en sortir. « Vous savez comment on punit les élèves qui commettent ce genre de fautes, Mademoiselle Claire ? » « Oui, Madame. »? « Et comment ? » « Par une fessée. » Le mot-clé. Le déclic. Celui que j’attendais. Et qui va entraîner ma chute.  

Du bout de sa badine, Maîtresse Cindy fait rouler deux dès à jouer de couleur verte sur le plat de son bureau. C’est curieux cette habitude qu’elle a d’associer à ses jeux les nombres et les chiffres. Sans doute une autre façon de surprendre. Une part d’aléa, de fantaisie, dont elle n’a pas la maîtrise, dans une scénographie alignée au cordeau. Réglée au millimètre. Mes mains sont restées posées à plat de part et d’autre. On ne m’a pas dit de les retirer. Elle me demande de prendre les dés et de les lancer. J’obéis. Le sort en est jeté. Nous faisons la somme des deux dés. 6+2=8. Petit sourire de Maîtresse Cindy quand le dé s’immobilise sur le 6. Elle note le total au marqueur rouge sur une feuille de papier. Je recommence. 3+2=5. Ce chiffre est également noté. De la combinaison des deux données va résulter la gravité de ma punition : je serai fessée avec huit instruments différents pendant cinq minutes chacun. Finalement, ce n’est pas totalement elle qui l’a fixée. Par le hasard des nombres, par mon adresse ou par ma maladresse, c’est aussi moi qui y ai contribué. Le tout sera dûment chronométré. Maîtresse Cindy a tout prévu. Un petit compte minutes digital blanc est posé sur son bureau.  

Je suis autorisée à me relever. Elle me laisse la liberté d’aller et venir dans les pièces du donjon afin de sélectionner les huit instruments qui serviront à exécuter la sentence. Car là encore, ce n’est pas elle qui les choisira. C’est à moi qu’il revient de le faire. Dans un premier temps, Il faut que je les lui rapporte un par un et que je les aligne sur l’estrade. Je n’ai pas à aller bien loin. Ils sont tout proches, à portée de main, dans la salle de classe et dans la pièce qui la jouxte. Je choisis avec soin, partagée entre le souhait de ressentir des sensations différentes sans pour autant présumer de mes capacités à les supporter. De toute façon, l’épreuve risque d’être pénible. Le calcul est vite fait. Huit fois cinq minutes font quarante minutes. Quasiment une heure. Peut-être avec quelques pauses. Mais j’ai du mal à imaginer que je pourrai tenir sur cette durée. Je suis d’ailleurs sans illusion. Même si j’avais été plus chanceuse, Maîtresse Cindy se serait sans doute arrangée pour que le résultat reste inchangé. 10 fois 4 = 40. 2 fois 20 aussi ! Elle profite de mes allées et venues pour prendre des photos (j’avais demandé à ma copine Cindy d’emporter son appareil). 

Voilà, c’est fait. Non sans avoir hésité, j’ai jeté mon dévolu sur huit instruments et je les ai alignés sur l’estrade. Maîtresse Cindy m’ordonne de me mettre à genoux devant eux, puis de les nommer et d’en donner tour à tour une rapide description. En résumé, il y a deux martinets, une cravache, un fouet à longues lanières, un strap, un petit paddle en cuir, et pour finir deux paddles en bois (l’un en forme de raquette de jokari striée sur le dessus, l’autre en forme de battoir à linge épais et évasé). Elle me reprend sur une description, estimant qu’elle ne correspond pas à l’instrument en question. Il s’agit du deuxième martinet (celui qui est doté d’une tête articulée, spécialité maison, déjà bien connu des habituées, qu’elle utilise fréquemment, semble-t-il, et que j’ai déjà expérimenté à de nombreuses reprises, notamment lors de l’émission de France Culture en présence d’Irène et de son équipe). C’est en fait un prétexte pour le remplacer par un instrument de son choix Il s’agit d’un martinet de petite taille et en latex. Cette rectification une fois opérée, Maîtresse Cindy m’invite à classer de gauche à droite les instruments par ordre croissant de dureté. J’ignore si mon classement est le bon mais je ne change rien à la disposition existante. Maîtresse Cindy ne fait aucun commentaire. Advienne que pourra !  

Il faut maintenant que je me relève et que je pose les mains à plat sur le bureau de la première rangée, les jambes écartées, les fesses tendues en arrière. Je me mets en position. Premier martinet. Échauffement. Préparer progressivement la peau sur l’ensemble de la surface à corriger. La réchauffer. Accélérer progressivement la circulation sanguine par un balayage léger. Avant d’augmenter la cadence. Bien sûr, Maîtresse Cindy a pris le soin de baisser préalablement mon petit short gris. Mais j’ai encore ma culotte en latex. Plus pour très longtemps. Les coups s’intensifient. Je comprends que ma professeur veille à bien les répartir sur toute la surface disponible afin d’obtenir une couleur homogène. La durée totale de l’épreuve me pose question. Quarante minutes. A ce compte-là, c’est sûr, je ne vais pas en sortir indemne.  

J’imagine déjà le dialogue à la maison. « Attends, tourne-toi, mais qu’est-ce que c’est que ça ? Qu’est-ce que tu t’es fait ? C’est rien, ma chérie, c’est juste ma maîtresse qui m’a donné la fessée ! ». Enfin tant pis ! C’est parti ! J’aurais pu y penser avant. On ne peut pas désirer une chose et la refuser quand elle se présente. Que deviendrait le plaisir ? Et puis si cette pensée a traversé mon esprit, ce ne pouvait pas être celle d’une petite collégienne. La preuve que je ne suis pas suffisamment dans mon rôle. Il faut que je me reprenne. Les cinq minutes tardent à sonner. Je trouve le temps long. D’autant plus que les coups sont plus appuyés. Il faut que je me réserve p our la suite. S’il y a bien progressivité dans le processus, je n’en suis encore qu’au tout début. J’aurais même envie de plaquer mon buste sur le plat du bureau pour mieux me laisser tomber en avant, plier le corps au niveau de la taille et faire ressortir davantage mes reins pour les offrir aux lanières. Vieux fantasme de la discipline anglaise où la jeune élève reçoit sa punition, poitrine plaquée sur son bureau, jupette relevée et culotte baissée sur les cuisses. Je ne le fais pas car je sais que dans cette position, je serai encore plus vulnérable. Penser à s’économiser. Le plus dur est à venir. Nous n’en sommes jamais qu’au bout des cinq premières minutes. Maîtresse Cindy baisse ma culotte en latex et inspecte les résultats. Elle semble très satisfaite. Deux belles zones circulaires rosées et parsemées, à l’endroit des picots, de petits points rouges plus foncés, qu’elle compare à des coccinelles.  

Je suis autorisée à me redresser. Pas pour bien longtemps. Et à frotter mes fesses qui commencent à me piquer. Le temps aussi pour Maîtresse Cindy de régler son chronomètre. Elle me demande d’enlever ma culotte en latex. Mon short est enroulé autour de mes chevilles. Dans cette position nettement plus exposée, la correction reprend. Cette fois-ci avec le petit martinet en latex. Contact plus « lisse » et plus glacé. Lanières molles et courtes. Une simple impression. Tout dépend de la façon dont on le manie. Je comprends que le premier martinet avait été réservé à l’échauffement, celui-ci va « entrer dans le vif du sujet ». Je suis sans illusion. Effectivement, rapidement les coups sont plus appuyés et s’abattent sur mes reins. Les plus douloureux sont ceux qui s’égarent à la périphérie, sur le côté, là où le muscle est moins épais, la peau plus fine et tendre. Continuer à supporter. Se préparer à la suite. Je n’ai encore rien vu. Ouf, la sonnerie retentit. Pause. Massage des fesses. Cela me fait un bien fou de pouvoir apaiser le feu qui m’envahit, ne serait-ce que quelques instants.  

Changement de décor. « Suivez-moi jusqu’à la grille. » La fameuse grille d’entrée du Collège. Cadenassée. Je resterai debout. Culotte baissée. Maîtresse Cindy referme la grille. De l’autre côté des barreaux, elle a installé un miroir vertical qui me permet de me voir en pied. « Baissez votre culotte. » J’obéis. Elle me pose sur le haut du crâne un immense bonnet d’âne noir équipé par-devant et par-derrière d’une étiquette portant la mention « Ane ». Décidément, je suis gâtée. Elle ne perd rien pour attendre, la petite Aurélie ! Sauf que si je la dénonce à mon tour, je risque d’être punie pour l’avoir accusée. Avec Maîtresse Cindy, il faut s’attendre à tout. Pour le moment, je dois agripper les barreaux avec mes mains et cette fois-ci, ce sera à la cravache d’entrer en action. Maîtresse Cindy la manie avec dextérité. Perfectionniste. Le souci du travail bien fait. Propre. Élégant. Je me dandine un peu. Mon bonnet tombe. Je dois le remettre et le tenir avec les mains. Cela m’évitera la tentation de les utiliser pour protéger mes fesses en tentant d’arrêter les coups. Surprise. A plusieurs reprises, Maîtresse Cindy utilise sa cravache pour tapoter ma verge qui s’est dressée. Impossible de dissimuler que ce contact par-devant ne me laisse pas indifférente. Les coups sont bien dosés. Juste suffisants pour m’exciter. Elle en profite pour prendre une photo. Le chronomètre sonne. Encore cinq minutes d’écoulées.  

Mon gros fantasme serait qu’elle réussisse un jour à me faire réellement pleurer. Non pas pleurer comme un adulte, sous l’effet d’une souffrance purement physique à la limite du supportable. Ce n’est pas ça que je recherche. Je ne veux pas hurler de douleur. Mais éclater en sanglots comme une collégienne qui ferait face à la même situation que celle que je suis en train de vivre. Coller jusqu’au bout à mon personnage. Même dans ces circonstances-là, penser à réagir comme elle le ferait. Abandonner ses réflexes d’adulte. Sous la douleur, c’est difficile. Mais j’imagine que ce n’est pas impossible. Je voudrais donner libre cours à mes émotions comme une enfant démunie, seule, sans défense, victime de l’injustice des adultes, humiliée devant ses camarades, livrée à leurs quolibets et à leurs sarcasmes. Retrouver ces sensations troubles de peine et de plaisir. Allongée, les fesses à l’air, sur les genoux d’une institutrice intraitable pour une leçon mal apprise. D’une tante sévère à qui vos parents vous confient pendant un mois l’été et qui entend bien profiter de votre présence pour vous plier à son autorité. D’une monitrice de colonie trop heureuse de donner libre cours à ses pulsions sous prétexte de faire respecter la discipline.  

Heureusement, la pause est là pour me permettre de respirer quelques instants. De me frotter là où ça chauffe. Et ça chauffe beaucoup ! J’imagine un rouge écarlate. Certainement déjà bien soutenu. Je ne me fais aucun doute là-dessus. Et maintenant, le fouet à longues lanières épaisses. A mon avis, beaucoup plus redoutable que les deux martinets précédents. Je ne me suis pas trompée. Ne pas chercher à me crisper. C’est encore plus douloureux quand le choc ne peut pas être en partie absorbé par le gras du muscle. Par-derrière, ma main tente de faire écran. Peine perdue. Maîtresse Cindy sait trouver l’angle qui lui permettra d’arriver à ses fins. Je n’ai plus qu’à attendre. 

Et à me préparer à l’étape suivante. Le strap, cette lanière de cuir épaisse utilisée dans les collèges anglais pour remettre dans le droit chemin les jeunes filles indisciplinées. Plus la fin approche, plus l’épreuve est douloureuse. D’autant plus que là aussi, comme avec la cravache, Maîtresse Cindy ne se contente pas de me donner des coups sur les fesses mais aussi de passer par-devant pour en gratifier ma verge qui apparemment apprécie. Au point où j’en suis, rien n’est trop bon et si je réagis comme ça, c’est qu’il me reste de la marge. Un indicateur pour Maîtresse Cindy lui montrant qu’elle peut continuer sans s’occuper de rien d’autre. Et elle le fait avec application, méthode, concentration. Jusqu’à la fin du temps réglementaire.  

« Maintenant, Mademoiselle Claire, vous allez vous mettre à quatre pattes. » Nous sommes toujours dans la salle de classe, face à la grille d’entrée. Je peux imaginer que mes petites camarades, attentives au moindre détail, suivent avec intérêt toutes les phases de ma punition. « Prosternez-vous en avant, le front contre le sol. C’est très bien. Comme ceci, vos fesses seront parfaitement tendues et offertes. » Je l’entends s’éloigner un instant dans la pièce d’à côté. Changement de musique. Style chansons populaires. Les feuilles mortes. Les pas des amants désunis… Chansons allemandes aussi. Le son a été poussé. Maîtresse Cindy ne tarde pas à revenir. Je sens immédiatement entre mes fesses la pointe d’un gode. Elle l’introduit prestement. Sans douleur. J’imagine qu’il s’agit du modèle rose qui était posé sur sa table médicale. Puisque j’adore le rose, elle a tout de suite fait le rapprochement avec le reste de ma garde-robe. C’est encore de ma faute si je me punis moi-même ! En plus, il est vibrant. Intensité variable. Je ne peux pas distinguer ce qu’elle fait mais je constate qu’elle peut l’arrêter et le remettre en marche comme elle le souhaite, en appuyant sur un bouton, au gré de sa fantaisie, en fonction du rythme de la musique ou du paddle. Car c’est maintenant avec cet instrument que je suis punie. Un petit paddle en cuir épais, une sorte de palette de forme ovale, certainement étudiée pour la plus grande efficacité. Toujours la même progressivité. Doucement au début, plus rapidement et plus intensément vers la fin. Supporter l’épreuve. Ne pas en rajouter dans les soupirs ou dans les gémissements. Montrer que je suis capable de résister. La musique est forte. La brûlure est intense. Elle ne vient pas tout de suite mais elle se manifeste avec un léger décalage et vous prend à retardement avec encore plus de vigueur. Marche-arrêt du vibreur. Je ne sais plus où me mettre et toujours ce petit short entortillé autour de mes chevilles qui entrave mes mouvements. 

L’épreuve semble terminée. Je n’ose pas trop y croire. Car j’ai bien observé qu’il restait encore les deux paddles en bois. Le temps a-t-il passé trop vite ? Maîtresse Cindy est-elle disposée à faire preuve d’indulgence ? L’histoire ne le dit pas mais la deuxième hypothèse me paraît exclue. En tous les cas, le scénario n’est plus le même. Je suis autorisée à me relever et à revenir vers l’estrade. Je le fais bien volontiers en me tenant les fesses. Apparemment, ce sera la scène finale. Le sac en plastique et le gant noir ne laissent aucune incertitude sur l’épreuve qui va suivre. Celle des orties. Elle m’ordonne de me mettre à genoux juste en bas de l’estrade et dispose devant moi une feuille de papier absorbant. Ah, le papier absorbant ! L’indicateur tangible de la fin de mes tourments. D’un dénouement agréable. Le signe explicite de l’autorisation qui va m’être octroyée de pouvoir enfin prendre mon plaisir. Il n’y a plus aucun doute. Tout va se jouer dans quelques instants. Pouvoir se relâcher après avoir tenu le plus longtemps possible. Elle s’assied devant moi. Juste devant moi. Et baisse ma culotte.  

Quelques tiges magnifiques d’orties amoureusement cueillies le long des fossés quelque part dans la verte campagne. Il ne s’agira pas d’une fouettée comme je peux le craindre mais de caresses insistantes sur ce que j’ai de plus fragile : ma verge, mon entre-jambe, la surface de mes fesses surchauffées. Les feuilles effleurent la surface de ma peau tandis que mon pénis est fermement serré dans l’étau de son gant noir. Curieusement, la piqûre est supportable. Peut-être est-ce parce qu’à cette saison, la nature commence à s’endormir. Dans d’autres occasions et avec les mêmes plantes, je garde des souvenirs plus cuisants. Maîtresse Cindy s’en étonne. Je ne vais pas m’en plaindre. Elle m’autorise à me masturber, à prendre mon plaisir, à aller jusqu’au bout. Simplement, il faudra que je me répande dans le creux de ma main. J’aurais préféré une délivrance plus exubérante mais je comprends qu’assise devant moi, elle ne souhaite pas trop s’exposer à mes effusions. 

Dans l’immédiat, je me trouve un peu sèche. Ce serait tellement plus simple si j’étais lubrifiée. Madame, est-ce que vous pourriez me donner une goutte de gel ? Elle me regarde d’un air sévère, les sourcils froncés. « Cela vous boucherait l’anus… » Je comp rends ma faute. Elle n’a pas besoin de compléter sa phrase… « de me le demander poliment »… « de me dire s’il vous plaît ». Sans doute ai-je été trop brutale. Impatiente d’en finir. Obsédée par ce seul objectif. J’essaie de me rattraper. Mais cette phrase assez dure, je l’entends encore. A ce moment critique et à sa place, je ne l’aurais pas prononcée. Une noix de gel suffit à produire le miracle. Quelques instants encore. Une main puis l’autre. Maîtresse Cindy m’observe. « Vous seriez prête à tout, offerte par-devant et par-derrière, n’est-ce pas Mademoiselle Claire ? » Je réponds oui, non pas pour qu’elle entende la réponse qu’elle attend mais parce qu’à cet instant précis, c’est complètement ce que je ressens et ce dont je serais capable. Mon attitude doit le révéler. Elle n’a même pas besoin de le lire dans mes pensées. Cette dernière image est celle qui fait tout basculer… Je m’abandonne… discrètement… puisque c’est la consigne. Une pause puis Maîtresse Cindy se saisit de ma main gauche et la porte à hauteur de mes lèvres. Je comprends que je n’aurai pas d’autre choix que de boire ma propre liqueur. D’aller jusqu’au bout de ma soumission. J’obéis. Elle me demande quel goût ça a. J’hésite à répondre. Elle le fait à ma place. « Ça a le goût d’un gros bonbon rose ! » Exactement la réponse qu’il fallait pour cette chipie de Claire Grenadine ! 

Maîtresse Cindy me demande de déposer un baiser sur son pied posé sur l’estrade. Je le fais avec plaisir. Le rideau se ferme sur la scène. Les projecteurs s’éteignent. Elle me demande d’essuyer les traces de ma pollution sur le sol. Je rejoins la salle où je me suis changée pour me déshabiller. Avec son accord, je lui laisserai tout un assortiment d’élastiques de couleur pour nouer les cheveux. Ils pourront servir une autre fois. Il faut que je me dépêche. « Il est 19h.15 », me dit-elle en souriant. « Vous allez être en retard ! » Je n’ai pas vu le temps passer. Quand je suis avec elle, il est arrêté. « C’est votre tenue pour faire de la gym ? », me demande-t-elle. Je lui réponds oui. Sans doute y a-t-il un léger malentendu. Je ne vais pas dans les salles de gym avec cet accoutrement mais je m’en sers réellement pour faire du jogging, dans la nature, en province, loin de Paris. Je lui avoue même que j’ai un ensemble identique, blanc bordé d’un galon bleu pâle. Je lui confie que courir dans cette tenue me procure des sensations érotiques très agréables. Quand je croise quelqu’un, parce que cela m’arrive, je prends l’air concentré de la coureuse à pied tout à ses efforts et je guette du coin de l’œil sa réaction. Entrevue fugitive. C’est à peine s’il (ou elle) m’a vue que je suis déjà plus loin. A ce petit jeu, je crois que j’ai dû en surprendre plus d’un et plus d’une.

Douche éclair. Je me rhabille. Nous nous retrouvons dans l’entrée du donjon. Maîtresse Cindy évoque déjà la fin de l’année. Elle a sans doute raison, je n’aurai pas l’occasion de la revoir d’ici-là. Je préfère ne pas y penser. A deux reprises, elle me demande de lui envoyer le compte-rendu de la séance que nous venons de partager. A constater son insistance, je prends conscience de l’intérêt que mes récits peuvent présenter pour elle alors que - je n’ai pas honte de l’avouer - je les rédige dans un but très égoïste et avant tout pour moi. Pour conserver des souvenirs agréables. Pour retenir le cours du temps. Nous nous embrassons. « On s’écrit », me dit-elle.
 

La porte se referme. Je retrouve le bruit de la rue. Il est 20h.20 quand j’arrive à la maison. Dans le bus, l’esprit encore tout encombré des événements qui viennent de se dérouler, j’imagine le dialogue amusant que je pourrais vivre. « C’est à cette heure-là que tu rentres ? Oui, désolée, un travail urgent à terminer. Tu veux la fessée ? Ce n’est pas la peine, c’est déjà fait ! Pardon ? Non, non, rien…. »

 

Par Claire Grenadine - Publié dans : Soumission
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Mardi 17 novembre 2 17 /11 /Nov 20:00

Paris, le 17 novembre 2009

 

Madame la Professeur principale,

 

A force de questionner ma fille Claire, celle-ci a fini par m’avouer que vous l’aviez convoquée dans votre bureau jeudi prochain vers 17 heures. Cet aveu ne m’a pas surprise et c’est même plutôt le contraire qui m’aurait étonnée. Nous en arrivons malheureusement l’une comme l’autre au même constat : sa tenue et son comportement sont inadmissibles aussi bien au Collège qu’en dehors. Cet état de fait me préoccupe. Je viens de prendre connaissance de son carnet. L’ensemble de ses notes sont très largement en dessous de la moyenne. A ce rythme-là, le pire est à craindre pour l’avenir et je ne vous cache pas que je m’interroge d’ores et déjà sur la suite à donner à sa scolarité.

 

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir personnellement fait preuve de la plus extrême fermeté à son égard. Sans grand succès jusqu’à présent, je dois bien le reconnaître. C’est donc en désespoir de cause que je me tourne vers vous. Une reprise en mains énergique me paraît indispensable. Compte tenu de l’expérience que vous avez de situations du même genre, je ne doute pas un seul instant que vous saurez trouver la solution appropriée. De mon point de vue, les méthodes traditionnelles sont de loin les plus efficaces. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai choisi votre établissement. N’hésitez donc pas à recourir aux châtiments corporels autant et aussi longtemps que vous le jugerez nécessaire. Claire vous craint beaucoup et il n’y a guère que vous pour pouvoir infléchir durablement son comportement.

 

Je vous laisse naturellement une totale liberté de manœuvre mais connaissant bien ma fille, je crois opportun de porter à votre connaissance un certain nombre d’informations qui pourraient vous être utiles.

 

Après la tenue sportive qu’elle s’était permise de porter pour vous rendre visite en septembre, le retour au respect strict de l’uniforme du collège me paraît clairement s’imposer : chemisier blanc, cravate, jupette plissée bleu marine, blazer assorti, culotte blanche. J’ai fait l’acquisition pour elle d’une paire de chaussettes montantes. Elle estime qu’elle a passé l’âge d’en mettre mais son avis m’importe peu, quoi qu’elle dise, il est impératif qu’elle les porte.

 

Il en va de même pour sa coupe de cheveux. Mademoiselle considère que les couettes sont réservées aux gamines. A mon avis, elles lui vont très bien, au contraire, et lui donnent l’allure de la petite fille qu’elle est encore, même si elle essaie sans succès de se faire passer pour une grande.

 

Il m’a semblé comprendre que vous aviez dernièrement mis au point une machine à fessée à l’intention de vos élèves les plus difficiles. J’imagine que vous êtes satisfaite des résultats et je ne saurais trop vous recommander d’y avoir recours avec Claire.

 

Je suis persuadée qu’elle devrait se montrer plus docile à l’issue des nombreuses séances de correction que vous prendrez soin de lui administrer. Celles-ci seraient bien sûr encore plus déshonorantes si elles pouvaient être données en public, devant toute la classe et les autres professeurs. Au cas où vous prendriez des photos, n’hésitez pas à m’en envoyer quelques-unes, je serai trop contente de les afficher autour de moi afin de lui faire bien honte.

 

Une longue séance de pénitence, culotte baissée, les mains sur la tête, me paraît en outre indispensable. Dans cette position, quelques pinces bien placées au bout des seins et sur le sexe devraient faire merveille.

 

Avec ma sincère considération et mes profonds remerciements pour l’extrême attention que vous saurez porter à l’éducation de Claire, je vous adresse, Madame la Professeur principale, mes encouragements les plus chaleureux.

 

Louise-Victoire Grenadine


 

Par Claire Grenadine - Publié dans : Education anglaise
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Mercredi 18 novembre 3 18 /11 /Nov 17:30

Il faut que j’écrive tout de suite. Quitte à ce que cela déborde. Saisir l’instant. L’émotion. La douleur. Le plaisir. Ne pas laisser refroidir. Trop longtemps après, la spontanéité disparaît. Le propos devient neutre. Objectif. Froid. Raisonnable. C’est triste d’être toujours raisonnable. Une enfance heureuse. Une famille unie. Un bon collège. Des études sérieuses. Des professeurs émérites. Une culture classique. Des résultats honorables. Une carrière assurée. Un emploi stable. Une vie équilibrée...

Et puis un jour, au moment où l’on ne s’y attend pas, un grain de sable s’introduit dans l’engrenage. Tout bascule. Ce jour-là, nous sommes au Musée du Jeu de Paume à l’occasion d’une exposition consacrée aux œuvres de la photographe américaine Cindy Sherman. Au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable. Le déclic métallique d’un portillon qui pivote sur lui-même. Derrière, une main qui se tend. Celle de Cindy. D’une autre Cindy. Maîtresse Cindy. Faites-moi un baisemain. A défaut de pouvoir vous prosterner pour me baiser les pieds. Oui, maintenant, dépêchez-vous, vous voyez bien, derrière, il y a du monde qui attend.

Le jeu commence. La vraie vie. Celle où je serai enfin moi-même. J’ai de la chance. Non, je ne rêve pas. Elle est là devant moi. Elle est jolie. Telle que je l’imaginais. Élégante dans un ensemble noir. Pantalon court. Veste assortie, croisée sur un top blanc à trous. Qui laisse plus que deviner le galbe de ses seins. Elle ne porte pas de soutien-gorge. Sa poitrine est libre. Sandales argent à talons. Qui a dit que les hommes ne faisaient pas attention à la tenue des femmes ? Et puis ce nuage parfumé qui l’enveloppe. Un sillage qui m’enivre. Je pourrais la suivre les yeux fermés. J’ai l’impression que tout le monde nous observe. Que les gardiens, plus attentifs aux physionomies, ont les yeux braqués sur ce couple curieux. Lui en costume sombre, sa serviette en cuir à la main, et elle, qui ouvre la marche, le regard aimanté par les visages qui nous fixent.

En bon élève, je la suis docilement. Elle m’a demandé de me rendre à l’exposition habillé d’une petite culotte légère sous mon pantalon (« vos sous-vêtements d’été »). J’ai opté pour un modèle très échancré. Rose fluo. Elle me fait descendre aux toilettes pour que je glisse à l’intérieur la petite surprise qu’elle a préparée à mon intention. Une garniture d’orties. Trouble passager. Léger moment de panique. Je n’en demandais pas tant ! Je m’attendais bien à quelque chose. Mais pas à ça. Et pourquoi pas à ça au contraire ? Libre du choix, je la place par-devant. J’aime les sensations fortes. Elle ne pensait pas que je pouvais être aussi maso. Prévoyante, le paquetage comprend aussi un brin de ficelle. Pas n’importe laquelle. Une petite ficelle campagnarde. Celle avec laquelle on lie les pattes des poulets. Ébouriffée, poilue, irritante. Celle avec laquelle je vais pouvoir amplifier mon plaisir en me ligaturant les testicules et le sexe. Après les avoir serrés ni trop ni trop peu. Juste ce qu’il faut. Pour que la douleur soit délicieusement supportable. Qu’elle se rappelle à moi en permanence. Qu’elle me tienne en éveil. Qu’elle ne se laisse pas endormir.

Nous arpentons les salles. Arrêt devant les œuvres. Interpellés par ces visages fixes qui semblent nous juger. Par ce show exhibitionniste qui revêt les formes les plus diverses. Fashion. Fairy Tales. Old Masters. Sex pictures. Broken Dolls. Clowns. Masks. Commment une femme aussi réservée peut-elle devenir complètement allumée sur ses photos ? Depuis trente ans, Cindy Sherman s’est choisie comme modèle unique pour incarner toutes sortes de rôles. Elle est tour à tour attirante ou répugnante, discrète ou impudique, gamine ou vieillissante. Au gré d’un jeu constamment entretenu par la photographe entre l’artiste et son sujet. Où le changement d’identité est porté à la dimension d’une réappropriation critique des apparences sexuelles et sociales. S’offrant comme miroir et modèle à ses contemporains, elle excelle dans la déclinaison des définitions de l’apparence et du genre dictées par les médias contemporains. Dans la mise en lumière de la fragilité du moi face aux mécanismes de l’identification et de la reconnaissance sociale.

Les visiteurs sont loi n d’imaginer le fond de nos pensées ni la nature du jeu auquel nous nous livrons. J’écoute les commentaires de Cindy. Mon esprit est tendu. Le reste aussi. Nos regards se croisent. Esquissent un sourire. Se comprennent en silence. J’adore plonger mes yeux dans les siens. Pourquoi lui ai-je écrit qu’ils étaient bleus ? Je l’observe comme j’observe l’autre Cindy. Celle qui sait se transformer en petite fille, en clown, en star d’Hollywood. A sa façon, elle incarne, elle aussi, les identités les plus diverses. Au gré de ses fantaisies. Mais aussi en fonction de mes fantasmes. Elle n’est pas la seule. Je suis dans la même situation. Nous jouons tous des personnages. Carcan de la reconnaissance sociale, l’image que je renvoie n’est pas celle que je voudrais donner.

A ses côtés, je suis pourtant une jeune collégienne attachée aux pas de sa dir ectrice. Quand la visite sera finie - c’était la sortie de fin d’année - nous retournerons une dernière fois en classe. Si je suis bien sage - mais ai-je vraiment envie de l’être -, j’aurai droit à un goûter. Une mousseline de fruits accompagnée de tranches de banane coupées en rondelles et de petits gâteaux. La bibliothèque rose. Pensez-vous l’avoir suffisamment mérité, Claire ? Tandis que nous refaisons une dernière fois le tour des salles en sens inverse, je tente une réponse positive. Bienveillante. Après tout, je verrai bien. C’est elle qui décidera. Ce qu’il y a d’excitant, ce n’est pas de savoir comment tout cela va s’achever, c’est d’ignorer le chemin qui va nous conduire jusqu’au bout.

La visite est terminée. Nous sortons. Enthousiastes. Il pleut. Les tilleuls de la terrasse des Feuillants nous protègent en partie. Le « timing » est parfait. J’avais commandé exprès un peu de mauvais temps afin de pouvoir sortir mon parapluie et la tenir abritée contre moi. Histoire de me rapprocher d’elle. De respirer son parfum. De voir ses yeux pétiller quand elle sourit. Je dois être un peu amoureux d’elle. La rue de Rivoli déborde de voitures et de passants. Fascinés par les pacotilles disposées sous les galeries. Elle m’arrête soudainement devant une boutique et me glisse deux pinces à seins dans la main. Vous allez les mettre là maintenant, derrière ce présentoir de cartes postales. J’hésite. Elle me fait faire des choses insensées. Pour la première fois de ma vie. Je déboutonne le haut de ma chemise et j’applique les pinces sur mes tétons tandis qu’elle fait semblant de choisir. La Tour Eiffel. Le Moulin rouge. Ne pas se précipiter vers le plaisir. Le sentir progresser. Le ranimer à intervalles réguliers. Le laisser encore inassouvi. Nous avons encore du temps devant nous.

Arrêt venue de l’Opéra. Nous montons dans le 81. Il y a de la place vers le fond. Deux sièges disponibles et qui se font face. Nous nous asseyons. Dites-moi, Claire, ce goûter, vous pensez vraiment que vous l’avez mérité ? Je baisse les yeux et me mets à rougir. Vous ne croyez pas plutôt que vos petites fesses mériteraient le martinet ? A côté d’elle, le passager relève le nez de son journal et nous observe, surpris. La conversation semble prendre un tour intéressant. Je suis rouge de confusion. J’aurais envie de crier : oh oui, Madame, s’il vous plaît, le martinet ! E lle me traite de petite vicieuse et de garce. La plus garce de toutes celles qu’elle connaît. Peut-être qu’elle tient le même discours aux autres aussi. C’est difficile à expliquer mais j’ai l’impression qu’elle le pense vraiment. Après tout, pourquoi pas ? Je n’en ai même pas honte. Cela fait tellement du bien d’être vicieuse et garce.

Comme Cindy, la photographe, elle me révèle à moi-même. Je suis un autre personnage à travers l’objectif. Car pas plus que Doreen, la petite secrétaire dévouée d’« Office Killer » qui tue un à un ses collègues de bureau, je ne suis entièrement conforme à l’original. C’est ma part de liberté. Mon jardin secret. Mon petit nuage.

Alors s’il vous plaît, ne cherchez pas à me retenir. J’étouffe. L’espace m’attire.

J’ai besoin de voler.

Par Claire Grenadine - Publié dans : Soumission
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Jeudi 26 novembre 4 26 /11 /Nov 19:30

Paris, le 26 novembre

Madame la Directrice,

Selon l e s informations qui m’ont été communiquées par Claire, le Severity College aurait été contraint de fermer ses portes ce matin à titre de précaution et pour une période indéterminée à la suite de la découverte de plusieurs cas de grippe A (H1N1) parmi les élèves.

Cette nouvelle ne m’aurait pas intrigué - l’actualité nous montre malheureusement que la pandémie progresse à vive allure - si ma fille ne me l’avait pas présentée comme une bonne nouvelle, une sorte d’aubaine qui allait lui permettre de rester tranquillement à la maison en attendant que la situation revienne à la normale.

Je souhaiterais que vous me confirmiez cette information. Il me tarde, en effet, de connaître la vérité car j’ai de bonnes raisons de me méfier, échaudé par le premier mensonge qu’elle m’avait déjà servi à la rentrée de septembre, soi-disant reportée sine die, compte tenu du fait que les travaux de rénovation des salles de classe n’étaient pas terminés, que le recrutement des professeurs avait pris du retard et que les emplois du temps n’avaient pas pu être synchronisés. Les élèves pouvaient donc rentrer chez elles. On les convoquerait le moment venu.

Je ne vous cacherai pas qu’à l’époque, cet état d’impréparation d’un établissement tel que le vôtre m’avait paru bizarre. Mon intuition était fondée. A force de questionner ma fille, ses explications se sont révélées de plus en plus embrouillées et elle a fini par avouer qu’elle avait menti dans l’espoir de pouvoir profiter de quelques jours de congés supplémentaires avant, selon son expression, de « retourner en prison ».

Elle a été immédiatement punie. Fessée déculottée devant tout le monde. Privation de sorties. Séances quotidiennes de martinet matin et soir pendant une semaine, suivies d’une mise en pénitence au coin.

Je suis déterminé à recommencer si cette histoire de grippe A se révélait, comme je le crains, inventée de toutes pièces. J’ai d’ailleurs averti Claire que les fessées familiales n’étaient pas grand-chose au regard de ce qui l’attendait au collège, que j’allais immédiatement rétablir la vérité auprès de vous, et que vous sauriez prendre les mesures nécessaires.

Je vous l’envoie donc au plus vite. Vous jugerez par vous-même. Je ne doute pas qu’elle saura une fois encore trouver un prétexte pour se justifier mais je préfère d’emblée vous mettre en garde contre son imagination particulièrement fertile. Il est à mon sens grand temps que vous la repreniez en main. J’apprécierais que vous manifestiez vis-à-vis d’elle la plus extrême fermeté. N’hésitez pas à recourir au strap, au paddle en bois plein ou percé de trous, ou mieux encore à la canne anglaise. Je m’en remets totalement à vous et je vous laisse l’entière liberté de recourir au châtiment que vous jugerez approprié. Celui qui la fera revenir le plus rapidement possible dans le droit chemin.

Vous savez combien j’apprécie les méthodes d’éducation en vigueur dans votre établissement et l’importance que vous accordez à la discipline.

Par avance, je vous remercie infiniment pour votre intervention et vous prie d’accepter, Madame la Directrice, mes très cordiales salutations.

Charles-Henri Grenadine

Par Claire Grenadine - Publié dans : Education anglaise
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Lundi 30 novembre 1 30 /11 /Nov 20:00

Salut Sophie,

J’ai une grande, très grande nouvelle à t’annoncer : j’ai fait récemment l’acquisition de mon premier soutien-gorge. Oui, tu as bien lu, mon premier soutien-gorge. Tu es la première à qui j’en parle. C’est tout frais, ça date de mercredi dernier. J’étais folle de joie. D’autant plus que je ne m’y attendais pas. Ou en tout cas, pas aussi tôt. Cet été, j’avais bien constaté dans la glace que ma poitrine avait grossi et que j’avais de plus en plus de mal à boutonner mes chemisiers mais les choses se sont précipitées le jour de la rentrée. « Un peu de silence, mesdemoiselles, mettez-vous en rangs pour la visite médicale ! » Nous voilà en petite tenue à attendre notre tour dans le couloir de l’infirmerie. Entre parenthèses, c’est tou jours Sœur Marie-Alphonse qui est aux commandes. Pareille à elle-même. Je peux même te confirmer qu’elle n’a pas profité de ses vacances pour se raser la moustache. Enfin bref, examen sous toutes les coutures, poids, taille, tension… Elle a annoté mon dossier en silence puis, derrière ses lunettes en demi-lune, j’ai observé ses yeux se poser longuement sur moi comme si quelque chose avait changé et que je n’étais plus la même.

- Vous grandissez, Claire, il est temps que l’on vous fasse porter un soutien-gorge.

J’ai bien aimé la formule. Comme si cette décision s’imposait à moi et que je ne pouvais plus m’y soustraire. J’ai répondu « Oui, ma sœur » en rougissant. Non pas parce que j’ai honte de grandir mais parce que je sentais qu’elle serait satisfaite si je réagissais comme ça. En fait et au fond de moi, j’étais super contente. Elle s’est empressée d’ajouter que ça tombait très bien, que demain nous étions mercredi et que Maîtresse Cindy se ferait certainement un plaisir de m’accompagner.

De retour à la maison, il a tout de même bien fallu que j’en dise un mot autour de moi. Sans éclat de joie mais en adoptant le ton neutre qui sied à la constatation d’une évidence. Cela devait bien finir pa r arriver. Ma maman n’a pas paru l’air surprise. Elle a même trouvé très bien que ce soit ma directrice qui s’en occupe personnellement. Tant mieux, avec elle, à coup sûr, je n’aurais pas eu un seul instant voix au chapitre. Elle m’aurait collé de force l’inévitable brassière ringarde à fleurettes en m’assurant que j’allais grandir encore et que c’était bien suffisant pour commencer.

Me voilà donc au collège, mercredi. Contrairement à ce que je prévoyais, Maîtresse Cindy m’a conduite directement en classe comme s’il s’agissait d’un jour de semaine ordinaire. Cela sentait l’entourloupe. Elle avait l’air sévère. Sans que rien avec elle ne soit jamais vraiment une partie de plaisir, je m’attendais tout de même à un accueil un peu plus chaleureux, d’autant plus que je m’étais résignée à filer doux pour mettre toutes les chances de mon côté. Elle m’a ordonné de me déshabiller et de ne conserver que ma petite culotte, puis de me mettre à genoux à ma place. J’ai soulevé mon pupitre pour en extraire mon cahier Clairefontaine bleu. Sur ses instructions, j’ai laissé une page vierge pour marquer le passage à la nouvelle année et j’ai inscrit en haut à droite la date du jour : mercredi 12 septembre. Comme elle tenait une feuille de papier à la main, j’ai subitement réalisé que nous allions faire une dictée et je me suis dit que décidément j’étais trop naïve. Que j’étais tombée tout droit dans un piège. Que l’histoire du soutien-gorge avait été montée de toute pièce pour m’attirer au collège et pour me punir dès mon premier jour de congé, afin de prendre les devants et de briser dans l’œuf toute tentative de rébellion de ma part.

Mais quand je l’ai entendue énoncer le titre de la supposée dictée, « Comment choisir sa bonne taille de soutien-gorge » ou quelque chose comme ça, j’ai vite changé d’avis. Pour une fois, il ne s’agissait pas d’un truc débile d’Albert Samain ou de Théophile Gautier sur le général Hiver saupoudrant les carreaux de givre et recouvrant la nature de son grand manteau immaculé. Elle ne m’avait pas raconté de carabistouilles. Au contraire, elle procédait en toute logique en commençant par définir les règles avant de passer à la pratique. Cela m’a rassurée. Elle me prenait sous son aile et acceptait de m’initier aux mystères des « grandes ».

Le texte recommandait de se munir d’un mètre de couturière et de prendre directement ses mesures sur le corps sans serrer. La première mesure, dite de « dessous de poitrine » ou de « tour de dos », effectuée juste sous les seins, permettrait de calculer la taille du soutien-gorge, tandis que la seconde, dite de « tour de poitrine », prise horizontalement au niveau de la pointe des seins, déterminerait la profondeur des bonnets. La combinaison de ces deux données renvoyait à un tableau de correspondance désignant les tailles à choisir. Pour finir, l’auteur de l’article insistait sur la nécessité de prendre ses mesures au moins une fois par an, et notamment chez les jeunes filles à l’occasion de la rentrée scolaire.

Maîtresse Cindy a découpé le tableau qui illustrait le texte et m’a demandé de le coller sur mon cahier. J’ai fait le nécessaire. Nous avons ensuite pris un exemple et elle a vérifié que j’avais bien assimilé la méthode de calcul.

Elle m’a alors autorisée à me relever et à l’accompagner à l’infirmerie, munie de mon cahier, de façon à passer aux travaux pratiques. Sur place, toutes sorte s de modèles de soutiens-gorges m’attendaient, déjà disposés sur la table. J’étais très excitée. D’autant plus qu’il y avait là, juste à côté, une grande glace dans laquelle j’allais pouvoir m’observer en pied.

Au début, j’ai cru que nous allions inverser les rôles. Que Madame la Directrice allait me demander de prendre ses mensurations à elle, de façon à s’assurer que je m’y prenais correctement et que le résultat de mes calculs était exact. Puisqu’elle connaissait déjà sa taille, mon échec ou mon succès aurait été immédiat. Mais j’ai vite compris que je faisais fausse route. Que nous n’étions pas là pour ça. Que je n’avais pas besoin de connaître ses mensurations. Que c’était à moi d’apprendre et pas à elle. Et qu’il n’était surtout pas dans le genre de la maison d’autoriser, pour quelque raison que ce soit, une élève à peloter - même sans en avoir l’air - les seins de sa Directrice.

A la place, Maîtresse Cindy m’a tendu son mètre afin que je prenne mon tour de dos. J’ai fait glisser le ruban autour de mon buste et l’ai ramené devant moi pour le lire. Durant toute l’opération, elle ne m’a pas quittée des yeux. Le verdict est tombé sans équivoque. J’avais tout faux. Le mètre était bien trop bas, il n’était pas plaqué à l’horizontale dans mon dos et il fallait qu’il soit parfaitement calé par-devant, « sous le pli des seins ». Sous le pli des seins, ça m’a fait tout drôle. Nous avons lu ensemble : 88-90 centimètres. J’ai consulté le tableau de correspondance et mon doigt s’est arrêté sur la taille 90.

Nous sommes alors passées à la deuxième mesure, juste au niveau de la pointe des seins. J’adore cette expression. Elle me fait terriblement fantasmer. C’est comme si j’avais subitement sous les yeux les mamelons dressés de Sophie Marceau et de Monica Bellucci réunies. La réalité s’est révélée nettement plus triviale. 90 centimètres aussi. C’est logique, m’a répondu Maîtresse Cindy dans un grand sourire. J’ai bien compris ce qu’elle voulait dire mais je me suis dit que ma cause n’était pas désespérée, que je n’en étais qu’au tout début de ma croissance et qu’au fil du temps, mes bourgeons printaniers ne tarderaient pas à s’épanouir. Selon les indications du tableau, c’était la pr ofondeur B qu’il fallait prendre pour cette taille.

Dans l’instant, rien ne pouvait me faire plus plaisir. Je connaissais enfin la taille de mon premier soutien-gorge. Il n’y avait plus aucun doute. Elle venait d’être dûment approuvée par une personne adulte. 90 B. 90 B. 90 B. Si je ne m’étais pas retenue, je crois que je l’aurais criée très fort, rien que pour le plaisir de l’entendre résonner contre les murs et me renvoyer en écho la certitude que je venais de franchir une étape importante dans ma nouvelle vie de femme.

Il ne nous restait plus qu’à confirmer en pratique la pertinence de nos calculs. Maîtresse Cindy m’a donc présenté plusieurs modèles en mettant l’accent sur leurs principales caractéristiques, enveloppantes, en triangle, à balconnets, avec ou sans armatures… de quoi me faire méditer sur la complexité du choix du soutien-gorge idéal. De toute évidence, une affaire purement féminine. Avec mes petits chemisiers blancs à cols ronds, je n’en étais pas encore à me poser toutes ces questions mais pour le reste et en fermant les yeux, je me trouvais déjà ailleurs, quelques années plus tard, dans le boudoir élégant et raffiné d’une boutique de lingerie chic, flottant dans un clair-obscur de soies crissantes, de jours-de-Venise et de dentelles ivoire...

Les blancs virginaux, les roses malabar, les noirs vénéneux, les rouges ardents, les vinyles galactiques, les transparents ensorceleurs… je les ai tous essayés. Ravie de pouvoir me contempler dans le miroir en train de les passer comme une grande, en joignant par-derrière les mains dans mon dos pour ajuster la bride. Pour éprouver la satisfaction de mettre en valeur mes seins en les faisant saillir. Pour tester mon pouvoir de séduction devant ce témoin muet et bienveillant. Complice, Maîtresse Cindy m’a laissée faire, sans doute heureuse elle aussi, de me sentir à l’aise. En définitive, il lui a semblé que le modèle rembourré à armatures conviendrait le mieux à ma morphologie.

J’ai constaté qu’elle me faisait essayer plusieurs 85, qu’elle pouvait observer comme moi qu’ils me remontaient trop haut par- devant, et qu’elle semblait un peu contrariée qu’ils ne m’aillent pas. Au fond, c’est vrai, 90, tu ne trouves pas ça un peu bizarre, toi ? Histoire de rigoler un coup, j’ai failli dire à Maîtresse Cindy que son tableau devait être inexact. Qu’on commençait forcément par un 85 quand c’était la première fois. Je ne suis pas certaine qu’elle aurait vraiment apprécié. En me foudroyant du regard, elle m’aurait répondu que décidément j’étais toujours aussi insolente, que je ne pouvais pas me retenir d’ergoter, qu’elle s’y connaissait tout de même mieux que moi et qu’elle n’avait de leçon à recevoir de personne dans ce domaine. Alors pour la faire bisquer, j’en aurais rajouté une petite louche en lui confiant qu’elle aurait pu s’en apercevoir un peu plus tôt parce que moi, quand je me regardais dans la glace, j’avais remarqué depuis longtemps que mon corps avait changé. De toute façon, je vais te dire, 90, je n’ai rien contre, bien au contraire. C’est même plutôt cool. A ce rythme-là, je devrais rapidement faire exploser les compteurs. Je te parie que je vais monter à 100 l’année prochaine. A la limite du retrait de permis !

Bref, près plusieurs tentatives infructueuses de 85, décidément trop courts, il est apparu à Maîtresse Cindy que c’était bien un 90 B qu’il me fallait. Alors, a-t-elle enchaîn é, d’un ton enjoué, il ne nous reste plus qu’à nous rendre dans un magasin pour en faire l’acquisition ! Je l’ai regardée fixement. Dans les yeux. Son sourire n’enlevait rien à sa détermination. J’avais du mal à y croire. C’était pour de vrai. Pour ne rien te cacher, j’y avais déjà pensé. Je lui en avais parlé. Elle avait deviné mon intérêt. J’espérais secrètement que mon incursion initiatique dans l’univers féminin se prolongerait sous cette forme. Tout en me rassurant en me disant que j’adorais me faire peur mais que je savais bien que je le jeu s’interromprait à l’issue des phases préliminaires, qu’elle n’oserait pas aller jusqu’au bout et que tout cela resterait du domaine du fantasme.

Sans trop comprendre ce qui m’attendait, j’ai renfilé mon uniforme et je l’ai attendue dans le hall du collège. Elle a refermé les grilles derrière nous et nous sommes sorties dans la r ue. Vacarme de la circulation. Un monde fou sur les trottoirs. C’était un peu stupide de ma part, mais consciente de ce que nous allions faire, j’ai eu l’impression que tous les gens que nous croisions et qui nous observaient en souriant le savaient aussi. Maîtresse Cindy se tenait à ma hauteur et a engagé la conversation. Toutefois, préoccupée par ce que je m’apprêtais à vivre, je me rappelle l’avoir écoutée d’une oreille plutôt distraite. Elle a eu le temps de me glisser qu’elle m’emmenait dans un magasin spécialisé, que ce serait mieux comme ça pour un premier achat, et que j’aurais bien le temps par la suite de choisir une boutique plus conforme à mes goûts. J’ai alors réalisé qu’elle parlait sérieusement, qu’elle avait sans doute déjà tout préparé et vérifié à l’avance et que rien n’avait été laissé au hasard. Pensive, je suis allée jusqu’à lui demander si la vendeuse avait été prévenue de notre visite. Mais elle s’est bien gardée de répondre.

Après une marche de quelques minutes, nous sommes entrées chez « Lily Lingerie ». Contrairement à mes espoirs, nous n’allions pas être les seules clientes. Les unes circulaient déjà autour des m annequins, retournaient les étiquettes, soupesaient l’étoffe des modèles, en appréciaient la texture, l’élasticité, la transparence, comparaient les formes et les couleurs, les décrochaient et les portaient à hauteur de leur buste pour s’imprégner d’une première image mentale dans le reflet d’un miroir. Anticipant, par exemple, l’effet irrésistible de tel ou tel décolleté pigeonnant vanté par le fabricant pour les échancrures carrées. Les autres plongeaient leurs mains dans les bacs et extirpaient tant bien que mal les pièces entrelacées dans l’espoir de trouver leur taille. Ma première impression a tout de suite été la bonne. Beaucoup de choix. Des couleurs vives. Fraîches. Acidulées. L’impression soudaine de me trouver dans une confiserie. Partagée entre le caprice de vouloir goûter à tout et la conscience attristée de devoir me restreindre.

Maîtresse Cindy m’a laissé faire en restant délibérément en retrait. J’ai rapidement compris que cet achat, personne d’autre que moi ne le ferait, qu’il fallait que j’aille jusqu’au bout de mon envie, que c’était avant tout mon soutien-gorge et qu’à ce compte-là, il était normal que je le choisisse moi-même. J’ai pensé aussi qu’en restant sciemment dans l’ombre, elle avait surtout dans l’idée de concentrer le faisceau du projecteur sur mes faits et gestes. Pour que l’on finisse par me remarquer. Et pour que toute ambiguïté sur la signification de notre présence soit levée. Je n’étais pas là pour la conseiller dans son choix à elle. Que je le veuille ou non, je tenais au contraire et pour une fois le rôle principal. En tant qu’accompagnatrice, elle se limiterait à me donner la réplique.

Nous avons parcouru méthodiquement chaque colonne, classée par couleur. J’ai vite fait de me repérer. Les petites tailles par-devant, les grandes par-derrière. Dans les roses pâles, il y avait un modèle qui aurait pu éventuellement m’aller mais il était vendu avec un boxer qui ne me plaisait guère. Quitte à choisir mon premier soutien-gorge, j’avais en tête de trouver un bas assorti, à mon goût. Un ensemble. Une parure. Quelque chose de très intime et de très féminin, que j’aurais porté avec plaisir et conservé avec le plus grand soin dans un tiroir de ma commode parfumé de petits sachets de lavande. Maîtresse Cindy a tout de même insisté pour que je le décroche.

Un peu plus loin, dans une tonalité de rose-rouge plus soutenue, j’ai repéré un modèle qui m’attirait davantage, assorti d’un petit string super mignon. Là encore, sur les conseils de ma Directrice, j’ai sélectionné un 90 B pour le haut et un 38/40 pour le bas. Petit à petit, les pièces de lingerie se sont accumulées sur mon bras et je me suis sentie de plus en plus gênée. D’un côté, je n’avais pas l’intention de me priver en opérant dès le départ une présélection trop restreinte, mais de l’autre, je me conduisais de plus en plus ouvertement comme une acheteuse à part entière, je pouvais de moins en moins me cacher. J’avançais en terrain découvert. Du coup, je me suis absorbée dans mon choix, histoire de fixer mon attention sur quelque chose pour éviter de rencontrer le regard surpris, voire amusé ou légèrement moqueur, des clientes.

Non seulement Madame la Directrice se gardait bien de m’aider à porter quoi que ce soit, mais il devenait de plus en plus évident que je finirais par devoir essayer tous ces modèles sur moi, quelque part dans une cabine. La hont e ! Je ne sais pas si l’on a vu le rouge me monter aux joues mais j’ai pressenti que j’allais au-devant de sérieux ennuis. Que le pire m’attendait. Un supplice insupportable car d’autres modèles m’attiraient encore. Notamment un petit rouge et noir très frais et impertinent, décoré de motifs tout droit sortis d’une bande dessinée. Il me plaisait beaucoup. Ma Directrice l’avait, semble-t-il, repéré aussi de son côté mais l’opération était sans espoir car il n’y avait pas ma taille ni de bas pour aller avec !

Maîtresse Cindy s’ingéniait apparemment à faire durer le plaisir. Non, je n’avais pas encore tout vu, oui, il fallait continuer à chercher car il y avait encore des modèles plus loin qui pourraient peut-être me convenir.

En poursuivant notre prospection, nous avons fini par trouver un modèle dans les écossais à fines rayures roses sur fond gris. A dire vrai, mon premier réflexe a été de l’éliminer mais en y réfléchissant un peu, et Madame la Directrice partageait mon sentiment, j’ai trouvé finalement qu’il était bien adapté à mon âge et à mon style. Autrement dit, brûlant les étapes, les modèles que j’avais sélectionnés jusque-là me renvoyaient inconsciemment une image de la femme déjà épanouie que je n’étais pas encore mais que je deviendrais sans doute un jour. Dans l’immédiat, c’était bien celui-là qu’il me fallait. Très simple. Très frais. Très innocent. Bien assorti à son appellation juvénile : « Charlotte ». Nos mains ont plongé à tâtons dans le méli-mélo du bac pour en extraire un soutien-gorge à ma mesure, et faute de trouver un 38/40 pour le bas, je me suis rabattue sur un 40/42, un string craquant, décoré d’un petit nœud noir par-devant et par-derrière. Pour me montrer que cette légère différence de taille resterait sans conséquence, Maîtresse Cindy n’a pas hésité à déplier un 38/40 dans une autre couleur. J’ai eu l’impression qu’elle le faisait moins dans l’idée de me convaincre à tout prix que de me placer délibérément dans une situation embarrassante. Il paraît que je suis perverse mais je crois que je ne suis pas la seule.

- Eh bien, maintenant que vous avez effectué votre choix, Claire, il ne vous reste plus qu’à essayer !

Elle rayonnait. Je suis devenue rouge pivoine ou peut-être même écarlate, difficile à dire, mais j’ai senti une énorme bouffée de chaleur me traverser de part en part. Je l’ai suivie un peu plus loin, mes petits dessous sur le bras, devant deux cabines dissimulées derrière un rideau couleur crème. Éclairage tamisé. Petit tabouret. Miroirs à panneaux latéraux mobiles pour se voir de profil. L’une d’entre elles était apparemment déjà occupée. Il m’a semblé entendre Madame la Directrice murmurer quelque chose à l’oreille de la vendeuse en me désignant du regard. Celle-ci lui a retourné un large sourire complice.

« Commencez par ce modèle », m’a-t-elle enjoint en tirant devant moi le rideau de la cabine disponible, « je vous attends ». J’ai commencé par ajuster le rideau. Tu sais, ce genre de rideau qui est toujours trop court d’un côté ou de l’autre à force d’avoir été manipulé dans tous les sens et qui est donc loin de t’assurer l’intimité dont tu as besoin. Il a fallu que j’en prenne mon parti et que je me décide malgré tout à me déshabiller et à enfiler mon petit ensemble. Restait ensuite à saisir le moment le plus opportun pour sortir discrètement. J’ai tendu l’oreille. Maîtr esse Cindy prenait visiblement un malin plaisir à marteler le sol de ses bottines noires pour me signifier son impatience. A côté, la situation ne s’arrangeait pas vraiment non plus. Ma voisine n’arrêtait pas d’entrer et de sortir pour se contempler dans le miroir en profitant au passage des conseils de son amie restée à l’extérieur. A entendre leurs fous-rires, elles avaient l’air de bien s’amuser. Je me suis alors décidée à me jeter à l’eau et j’ai tiré le rideau. A moitié seulement. Mais Maîtresse Cindy s’est empressée de l’écarter en grand.

- Enfin ! Vous en avez mis du temps !

Naturellement, elle ne s’est pas contentée d’entrer dans la cabine pour m’examiner mais elle m’a fait signe d’en sortir. J’étais paralysée et, j’imagine, rouge cramoisi. Les clientes qui passaient par là ont marqué un temps d’arrêt et m’ont déshabillée du regard des pieds à la têt e. Mes voisines de cabine, enchantées de l’aubaine, ne se sont pas gênées pour m’observer de leur côté. J’ai quitté malgré moi ma cachette. Avec une infinie prudence. Les sens en éveil. Le regard balayant systématiquement le magasin comme un radar, soucieuse d’éviter autant que possible les mauvaises rencontres. Tel un escargot prêt à rentrer dans sa coquille à la première alerte.

- Mais ne restez donc pas plantée là comme ça, je vous ai demandé d’avancer !

Comme je le craignais, Madame la Directrice m’attendait tout là-bas, à l’opposé, au bout du magasin, parce que soi-disant, il fallait qu’elle me voie évoluer pour se faire une impression d’ensemble. Plus vraisemblablement, je pense qu’à ce moment-là, son principal objectif était de m’exhiber pour me faire bien honte. Et bien entendu, je n’ai pas pu échapper à un essayage en règle de tous les modèles un par un, car chacun avait ses qualités mais aussi ses défauts, que le suivant gommerait peut-être, c’était le seul moyen pour ne pas se tromper, rien ne pressait, nous avions tout notre temps, il ne fallait pas bâcler un achat aussi important…

A force d’arpenter l’allé e dans tous les sens, de m’arrêter devant la glace, de repartir, je me suis sentie tellement gênée que je n’ai plus osé lever les yeux. C’était un peu comme si j’avançais sur un podium pour un défilé de mode. On aurait cru que toute la clientèle s’était donné le mot pour converger vers le rayon lingerie. Des commentaires goguenards et des rires étouffés s’attachaient à mes pas. A chaque fois que je faisais demi-tour pour regagner ma cabine, un sentiment étrange et indéfinissable m’envahissait. Comme si mille paires d’yeux étaient pointées sur le bas de mes reins, attentives à ne rien perdre du spectacle.

Madame la Directrice, ravie de la tournure que prenaient les évènements, n’a pas manqué d’accompagner mes essayages de nombreux commentaires. « Tournez-vous » … « Pas mal, pas mal »… Je ne savais plus où me mettre. Et comme cela ne lui suffisait pas, elle a appelé la vendeuse pour lui demander son avis. Celle-ci a tout de suite compris que son tour était venu d’entrer en scène. Et de jouer le personnage que l’on attendait d’elle. A mi-chemin entre l’experte technique et la psychologue féminine. Ses gestes étaient rapides et précis. J’ai senti ses doigts effilés parcourir ma peau, effleurer mes seins, ajuster une bretelle, descendre plus bas, remonter le long de mes cuisses nues, tendre les bords de mon string très haut sur mes hanches.

- Vous ne croyez pas que quelque chose d’encore plus échancré lui irait mieux ?

Madame la Directrice a acquiescé. Elle a ajouté : « Vous avez raison, quand j’y pense, ce serait même beaucoup plus pratique pour lui donner la fessée ! », et elles sont parties toutes les deux d’un grand éclat de rire.

En définitive, après de multiples autres péripéties qui n’ont fait qu’accroître mon malaise, c’est le modèle écossais « Charlotte » que nous avons retenu. Je me suis rhabillée le plus vite possible, soulagée. Ultime ou avant-dernière épreuve, Maîtresse Cindy m’attendait à l’extérieur de la cabine et m’a tendu les modèles que je n’avais pas retenus pour que j’aille moi-même les raccrocher sur les présentoirs au vu de tout le monde.

Puis, ultime étape de mon calvaire, nous nous sommes dirigées vers les caisses. La Directrice a naturellement choisi la file où il y avait le plus de monde afin que mon achat ne passe pas inaperçu. Quand notre tour est venu, elle est restée un peu en retrait, laissant croire que nous ne connaissions pas et qu’elle était la cliente suivante. La préposée s’est emparée de mon petit ensemble et a levé les yeux vers moi comme pour vérifier qu’il n’y avait pas d’erreur. « C’est pour vous ? ». J’ai marmonné un « oui » quasiment inaudible. Elle a souri. J’ai fait semblant de fourrager dans mon portefeuille. J’aurais donné tout ce que j’avais pour en finir et pour partir au plus vite. Elle a dû le sentir car elle a tout fait au contraire pour ralentir la cadence en m’expliquant à voix haute - afin que tout le monde entende - que ce modèle avait beaucoup de succès en ce moment, que j’avais fait le bon choix, que j’en serais assurément satisfaite, qu’il se lavait facilement, qu’en plus il était en promotion… Je bouillai s intérieurement et je sentais par-derrière les clientes se pencher sur le comptoir pour tenter d’identifier l’origine du ralentissement. Impassible, la caissière a poursuivi son petit manège, apparemment ravie de me retenir sur le grill. Après avoir fait semblant de ne pas pouvoir enlever les pastilles antivol, elle a cru nécessaire de vérifier qu’il n’y avait pas de défauts en tendant devant elle à bout de bras le soutien-gorge et le string. Je l’aurais giflée si j’avais pu. J’ai enfin pu régler mon achat. Il lui a fallu encore un temps fou pour le glisser dans une pochette et nous sommes sorties du magasin, après un dernier coup d’œil goguenard dans notre direction du vigile de faction à l’entrée.

Le contact de la rue m’a apporté une bouffée de fraîcheur salutaire. J’ai respiré à pleins poumons. Fière d’avoir réussi mon examen de passage. D’être admise enfin chez les grandes. Avec cependant l’impression diffuse que même dehors, mon épreuve n’était pas définitivement achevée. Il n’y avait qu’à constater la mine réjouie de quelques passants découvrant mon petit sac rose « Lily Lingerie ».

A mes côtés, Maîtresse Cindy était radieuse. Tout s’était très bien passé. Cette journ ée allait certainement marquer à jamais ma vie entière.

- Votre premier soutien-gorge, vous vous rendez compte ?

- Oh oui, Madame, je vais sûrement m’en souvenir longtemps !

- Pas longtemps, Claire, toujours ! On n’oublie jamais les premières fois.

Voilà, ma chère Sophie, maintenant, tu sais tout ou presque. Excuse-moi si j’ai été un peu longue, mais je n’ai pas de secret pour toi et je voulais te faire partager ce grand moment d’excitation et de bonheur.

A très bientôt.

Bises.

Claire

Par Claire Grenadine - Publié dans : Féminisation
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  • : 12/07/2009

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Si, si, je vous assure, elle est hyper sévère !

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